Pourquoi je me suis mis volontairement dans une situation difficile (et ce que j’en ai appris) 4


Pourquoi je me suis mis volontairement dans une situation difficile



Cet article est ma contribution au festival A la croisée des blogs que j’organise pour le mois de juillet. Le thème est : « le jour où j’ai atteint ma limite ». Vous avez encore 1 semaine pour soumettre votre article et participer.

 

Il est parfois des situations inconfortables dont on apprend beaucoup. En fait, je dirais que plus c’est dur et plus on apprend.

C’est vrai, non ?

Ce n’est pas quand on se prélasse en vacances sur une plage qu’on apprend sur nous, nos réactions ou les réactions des autres. En revanche, en situation d’inconfort, la peur, le doute, la fatigue, tout cela vous impacte, vous et les relations que vous avez avec les autres.

Tant qu’on ne connait pas ce moment d’inconfort, on ne peut pas être sûr de la façon dont on va réagir. Est-ce qu’on fera le mauvais choix ? Est-ce qu’on perdra les pédales ? Est-ce qu’on abandonnera ? Est-ce qu’on explosera de colère ? Est-ce qu’on sera capable d’inspirer confiance aux autres ?

Alors, je me suis mis volontairement en situation difficile, pour tester mes limites.

 

Ma situation difficile : où, quand, quoi, comment ?

Dans mon passé militaire, j’ai suivi 2 stages commando, pour une durée totale de 6 semaines.

Je vous assure, 6 semaines d’inconfort, c’est long.

Premier entrainement : 2 semaines dans la jungle de Guyane, avec un sac à dos comme seule bouée de secours. Dernière question avant de partir : est-ce que j’ai bien tout ce dont j’aurai besoin dans ce sac ? Heure H, départ. A H+10 minutes, je traverse une rivière à la nage, je suis mouillé, mes rangers sont pleines d’eau. A H+300h, je rentre au camp, mon treillis n’a jamais séché pendant ces 300 heures.

L’inconfort d’un environnement hostile. Marcher dans des marécages, avancer là où il n’y a même pas de chemin à force de coups de machette, s’enfoncer jusqu’à mi-cuisse dans la boue, dormir dans un hamac, craindre la moindre petite blessure qui s’infectera avec cette eau putride, veiller à rester à bonne distance des mygales et puis… être mouillé du matin au soir.

La pire situation : ma section se fait capturer après l’attaque d’un camp de guérilleros (c’est un entrainement, les balles sont des balles à blanc). S’en suit une fuite dans la jungle sans notre matériel et sans nourriture. Mais ce n’est pas Koh Lanta. Nous ne sommes pas sur une plage mais dans une jungle inhospitalière, sans riz et sans noix de coco. Cependant, nous sommes un groupe soudé, où chaque membre apportera tout ce qu’il peut pour la réussite du groupe. Après avoir franchi un marécage au rythme de 800m à l’heure, nous avons construit un campement où l’on est resté 3 jours.

Deuxième entrainement : 4 semaines dans les Pyrénées, avec un sac à dos dont le contenu a été ajusté par rapport à la Guyane. Première semaine, lundi matin, départ de la citadelle. Vendredi, marqué, je retrouve mon lit. J’ai dormi 12 heures en 5 jours.

L’inconfort en situation de fatigue. Entrainement le jour, marche la nuit, voilà un programme difficile à supporter pour celui qui manque de condition physique. Une fois que le physique est entamé, le psychique peut être attaqué. Par quel moyen ? La privation de sommeil et l’incertitude. A chaque moment de calme (du jour et de la nuit), j’étais incapable de dire ce que je ferai 5 minutes plus tard. Est-ce que je peux m’assoupir ou est-ce qu’on va me donner un nouvel objectif dans 2 minutes ?

La pire situation : constater les hallucinations d’un ami submergé par la fatigue. Lors d’une infiltration de nuit, après plusieurs jours éprouvants, l’homme qui me précède me fait remarquer que la neige va rendre notre progression plus difficile (nous sommes en juin et même à 1800m d’altitude, il n’y a plus de neige). Je fais arrêter la colonne. J’entends alors un cri sur la droite : épuisé, un autre vient de s’écrouler. Est-il au bout du rouleau ou s’est-il endormi debout ?

 

Pourquoi ?

Parce qu’on apprend énormément dans les situations difficiles, lorsqu’on tutoie nos limites.

Ces 2 périodes d’entrainement ont été exigeantes, ça n’a pas été une partie de plaisir. Pourtant, maintenant qu’elles sont terminées, je peux dire que j’en ai beaucoup appris.

Sur moi.

Quelles sont mes limites physiques, morales, mentales ? Pour le savoir, il faut venir les tutoyer. Et ensuite, parce que la situation l’exige et qu’on y est poussé, il faudra les dépasser.

Je suis désormais beaucoup plus fort. Je gère mieux la fatigue, je connais mon corps et sa force, je sais rester serein lorsqu’il faut faire un choix.

Sur les autres.

Quand est-ce qu’il faut dire au dernier du groupe ‘allez, on est bientôt arrivé’ et quand est-ce qu’il faut lui dire ‘allez, il faut pas s’arrêter’ ?

Les relations humaines se trouvent aussi exacerbées dans ces situations difficiles. Et dans l’armée, on ne peut pas se permettre de se tirer dans les pattes comme à Koh Lanta. Car le soir venu, on n’éliminera personne. On passera toutes les épreuves, ensemble. Alors il faut apprendre à les gérer, à inspirer la confiance et à supporter.

 

Quand ce qu’on a appris sert vraiment.

Pendant l’hiver 2009, je suis parti en montagne avec un ami. L’objectif était une randonnée en raquette sur 2 jours, avec un bivouac dans la neige.

Seulement voilà, nous avons été pris au piège par une tempête de neige.

Au cours de la montée, les nuages font leur apparition, bientôt suivis par quelques flocons. Nous passons un passage délicat (très forte pente en dévers surplombant une falaise). C’est alors que les conditions se dégradent : il neige de plus en plus et le brouillard s’installe. On n’arrive plus à distinguer le ciel de la neige au sol. Tout est blanc. Je ne vois même pas si le terrain devant moi monte ou descend.

Je fais un choix : celui de continuer, estimant qu’il serait trop dangereux de s’engager dans le sens de la descente dans le passage délicat. Le vent se lève et la nuit tombe. Le téléphone portable ne capte pas.

Ne pas se mettre en situation de danger, décider de la route à suivre avec la boussole, rester calme, inspirer confiance à mon partenaire, apprécier sa fatigue physique, gérer la mienne. Voilà quelques-unes des pensées qui me sont passées par la tête à ce moment là. La situation était critique, mais je savais comment réagir dans ces conditions difficiles.

Dès que le terrain s’est aplani, j’ai creusé la neige pour installer le bivouac. J’ai fait cuire des pâtes et on a dormi comme des bébés.

 

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4 commentaires sur “Pourquoi je me suis mis volontairement dans une situation difficile (et ce que j’en ai appris)

  • Marie-Pierre

    Bonjour Jérôme,

    C’est effectivement dans les situations difficiles que l’on est confronté à ses limites et que l’on va puiser dans ses ressources physiques et/ou mentales pour s’en sortir au mieux.

    Mais souvent revenu dans son confort, on oublie vite alors qu’il est intéressant de se questionner sur quelles compétences je pourrais développer pour mieux gérer cette limite.

    Bien à toi et merci pour l’organisation de cette édition !

    Marie-Pierre

  • Thierry

    Hello, c’est marrant, j’ai vécu des choses similaires pendant deux stages commando, au fort de Charlemont à Givet. J’ai adoré découvrir que j’avais une réserve énorme en terme de performance physique et psychique. Cela dit, ce donc je me souviens surtout, c’est le moral de plomb que j’avais pendant ces stages. Dans mon cas et un bon pote à moi nous étions les deux seuls volontaires pour faire ses stages, les autres collègues eux avaient été désignés d’office, c’est ce qui a fait la différence.
    Les Moniteurs (qu’on appelait les gentils organisateurs) agissait plus pour saper le moral des troupes (une sorte de harcèlement moral) que sur les performance physiques des soldats. Et moi je prenais tout à la rigolage et mon collègue prenait des photos en pause type club med,

  • Pierre du site licenciement pour faute grave

    Vous avez eu de très belles expériences, qui sans doute concentrent dans un temps court quelque chose de très fort. Même si cela peut servir d’exemple tout le monde ne vivra pas des épreuves aussi intéressantes. Au travail, de nombreuses situations difficiles se rencontrent aussi, celles dans lesquelles le salarié peut subir un licenciement et se demande comment s’en sortir ainsi que celles pour lesquelles il s’en sortira très bien après avoir affronté un problème ou ne affaire difficile. Dans la vie personnelle aussi,l’on peut affronter des situations très difficiles. IL faut toujours en tirer un enrichissement personnel et ensuite s’efforcer de n’en garder que les aspects positifs.